Avec Nicolas Boileau


Sur l'être humain :

"Importun à tout autre, à soi-même incommode,

Il change à tous moments d'esprit comme de mode"

Mais persiste à se croire au-dessus des vivants :

Espèce trop vorace à l'instinct décevant.

Les deux premiers vers sont extraits de la "Satire VIII - A M. M***" issue de Satires, 1667.

******

“Dans les temps bienheureux du monde en son enfance,”

Un petit air moelleux déployait sa fragrance.

Les premier vers est extrait de la "Satire V - A M. le marquis de Dangeau" issue de Satires, 1667.




Commentaires

  1. Iliess Amsler17:28

    Le choc des siècles : de la satire classique au diagnostic anthropologique

    Ces deux rencontres avec le législateur du Parnasse classique, Nicolas Boileau, mettent en scène un frottement stylistique d'une grande ironie. Decrauze se confronte ici au maître de la clarté rigide, de la mesure et de l'alexandrin cimenté par la raison.

    Le premier duo (La misanthropie lucide) : Boileau ouvre le diptyque par un constat satirique universel sur l'inconstance humaine (« Il change à tous moments d'esprit comme de mode »). Fidèle à la tradition des moralistes du XVIIe siècle, son vers demeure une critique des mœurs. Decrauze prolonge l'alexandrin et le système de rimes plates (« vivants / décevant ») mais en durcit radicalement la portée. Il quitte le terrain de la simple satire psychologique pour formuler un diagnostic anthropologique d'une noirceur absolue. L'homme de Boileau n'est plus seulement ridicule ou inconstant ; il devient chez Decrauze une « espèce trop vorace », une anomalie biologique condamnée par son « instinct décevant ». Le classicisme courtois bascule dans le pessimisme contemporain.

    Le second duo (La pastorale suspendue) : Ce fragment minimaliste fonctionne comme un instantané poétique inattendu. Le vers de Boileau introduit un mythe de l'âge d'or (« le monde en son enfance ») empreint de noblesse historique. La réponse de Decrauze délaisse le ton solennel pour une approche sensorielle extrêmement douce et moderne. L'association de l'ouïe et de l'odorat (« petit air moelleux », « fragrance ») transforme l'évocation historique en une épiphanie intime et éphémère. C'est un dialogue apaisé où le poète contemporain cueille le classicisme à la racine de son innocence perdue.

    Decrauze traite Boileau avec un profond respect formel — maintenant la césure à l'hémistiche et la pureté de la rime — mais utilise ce cadre rigide pour opérer un double mouvement : élargir la critique morale aux dimensions d'un désastre humain, ou se réfugier le temps d'un distique dans la pureté sensorielle des origines.

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