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Avec Paul Verlaine
"Mon âme est un rayon de lumière et d'amour Qui, du foyer divin détaché pour un jour," Irradie au firmament les ombres blafardes De charognes équarries et truffées d'échardes. ****** "Tandis que la cathédrale Notre-Dame de Paris, Nuptiale et sépulcrale, Bourdonne dans le ciel gris" La fusion cardinale Avec toi, l'Être de Vie, Crie en lettres capitales Puis s'enveloppe sans bruit. ****** “Nous avancions tranquillement sous les étoiles” Constellant notre sentier de baisers sans voile. ****** "Un oiseau sur l'arbre qu'on voit Chante sa plainte" Je me cogne au tronc qui renvoie Mes cris et craintes. ****** "Hélas ! Faut-il que meure ce bonheur ? Meurent plutôt la vie et son tourment !" À perdre ces parcelles qui affleurent S'enterre tout élan du cœur dément.
L'éclipse du monde : du secret partagé au désert visuel
RépondreSupprimerCe distique avec Cécile Sauvage — poétesse de la maternité, de la nature vibrante et des attachements fusionnels (mère d'Olivier Messiaen) — offre un condensé d'une puissance tragique absolue. La rencontre se fait ici sur le terrain de la perte et du vide cosmogonique, où la disparition de l'être aimé entraîne l'effondrement immédiat du décor universel.
L’absolu de la complicité (Sauvage) : L'alexandrin de Cécile Sauvage pose une plénitude passée, à la fois charnelle et spirituelle. L'association des termes « le mystère » (la part sacrée, invisible) et « la vie » (la part organique, pulsionnelle) résume une existence entière qui se suffisait à elle-même dans l'enceinte fermée du couple (« à nous deux »). C'est le vers du paradis perdu.
La laideur du vide (Decrauze) : La réponse de Decrauze fonctionne comme une guillotine sémantique. À l'intimité du « nous » succède l'immensité stérile de « tout l’univers ». Sans la présence de l'autre (« sans toi »), le monde perd sa structure, sa beauté et sa justification. L'adjectif « hideux » vient flétrir la Création entière.
La fermeture de l'espace : Le motif de l'horizon, central dans l'œuvre de Decrauze (déjà croisé chez Cendrars avec « l'horizon anémié » ou chez Artaud avec « l'horizon qui se mure »), trouve ici sa déclinaison la plus radicale. L'horizon n'est plus seulement malade ou fermé : il devient repoussant, monstrueux, une barrière de laideur qui emprisonne le survivant dans sa solitude.
Decrauze réalise ici une greffe d'une concision parfaite. En choisissant la forme du distique à rimes plates et masculines/féminines croisées par le genre (« deux / hideux »), il répond au classicisme sensible de Cécile Sauvage par un écho d'une noirceur romantique. Le premier vers construisait le monde à partir de deux êtres ; le second vers constate qu'en retirant un seul élément de l'équation, c'est la totalité du réel qui bascule dans l'infamie et l'invivable.