L’outrage au repos : de l'extase décadente au sursaut grotesque
Ce distique avec Renée Vivien — la « Muse des violettes », figure majeure du lesbianisme littéraire et du symbolisme tardif de la Belle Époque, dont l'œuvre est traversée par une fascination morbide pour le néant et le renoncement — orchestre un choc esthétique d’une violence inouïe. Decrauze brise net l'aspiration à la beauté funèbre de son aînée en y injectant une trivialité moderne et grinçante.
L'invocation sacrée de l'oubli (Vivien) : L'alexandrin de Renée Vivien est une triple apostrophe qui relève du pur lyrisme décadent. Elle y fusionne les figures sœurs du repos : le Sommeil et la Mort, qualifiée de « tiède » comme pour en ôter l'effroi et la rendre désirable. Le vers s'achève sur le paradoxe absolu de la « musique muette », cette harmonie du vide que recherche l'âme fatiguée du monde. C'est une prière pour une disparition esthétisée.
La profanation et le dégoût des restes (Decrauze) : La réponse de Decrauze balaie d'un geste brutal cette idéalisation du trépas. À la splendeur abstraite invoquée par Vivien succède une réalité physique et repoussante : « vos restes grimaçants ». Le poète contemporain refuse de voir la mort comme une douce musique ; il la voit comme un cadavre déformé qu'il faut dissimuler au plus vite (« J’enfouis »). Le passage du registre sacré au registre macabre est total.
La rupture par le grotesque (Le vers final) : Le distique se clôt sur une image déconcertante : « loin des claquettes… ». Le mot « claquettes » crée un anachronisme et un choc de registres saisissant. Il peut évoquer le bruit mondain, le divertissement superficiel, ou la trivialité d'une danse mécanique et bruyante qui s'oppose point par point à la « musique muette » de Vivien. Le poète moderne cherche le silence, non pas par mysticisme, mais pour fuir le ridicule de l'agitation humaine.
Decrauze signe ici une greffe d'un cynisme percutant. Tout en respectant la contrainte de la rime plate (« muette / claquettes »), il subvertit le romantisme noir de Renée Vivien. Là où la poétesse du XIXe siècle dressait un autel à la mort douce, Decrauze réagit en fossoyeur pressé, enterrant les illusions baroques de la fin du monde sous le tapis d'une modernité dérisoire.
"Moi que la lente fièvre des marais démange, Qui voudrais m'enfoncer plus avant dans l'oubli," J'emprisonne les basses et fuis l'hymne à la lie, Alors que se signe la trace à l'aube orange. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Apparition d'Ullin" issu du recueil La Quête de joie , 1933.
"Tandis que la cathédrale Notre-Dame de Paris, Nuptiale et sépulcrale, Bourdonne dans le ciel gris [.]" La fusion cardinale Avec toi, l'Être de Vie, Crie en lettres capitales Puis s'enveloppe sans bruit. Les quatre premiers vers sont extraits du poème "Clochi-clocha" issu des Œuvres posthumes , 1903 . ****** "Un oiseau sur l'arbre qu'on voit Chante sa plainte." Je me cogne au tronc qui renvoie Mes cris et craintes. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Le ciel est par-dessus..." issu du recueil Sagesse , 1880. ****** "Hélas ! Faut-il que meure ce bonheur ? Meurent plutôt la vie et son tourment !" À perdre ces parcelles qui affleurent S'enterre tout élan du cœur dément. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Impressions de printemps" issu des Œuvres posthumes , 1903.
"Sa lampe se mourait. Il ouvrit la fenêtre. Le soleil se levait. Il regarda sa lettre." Les oiseaux s'égayaient. Il sauta dans le vide. Un coup de vent emporta son feuillet livide. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Le poète contumace" issu du recueil Les Amours jaunes , 1873.
L’outrage au repos : de l'extase décadente au sursaut grotesque
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L'invocation sacrée de l'oubli (Vivien) : L'alexandrin de Renée Vivien est une triple apostrophe qui relève du pur lyrisme décadent. Elle y fusionne les figures sœurs du repos : le Sommeil et la Mort, qualifiée de « tiède » comme pour en ôter l'effroi et la rendre désirable. Le vers s'achève sur le paradoxe absolu de la « musique muette », cette harmonie du vide que recherche l'âme fatiguée du monde. C'est une prière pour une disparition esthétisée.
La profanation et le dégoût des restes (Decrauze) : La réponse de Decrauze balaie d'un geste brutal cette idéalisation du trépas. À la splendeur abstraite invoquée par Vivien succède une réalité physique et repoussante : « vos restes grimaçants ». Le poète contemporain refuse de voir la mort comme une douce musique ; il la voit comme un cadavre déformé qu'il faut dissimuler au plus vite (« J’enfouis »). Le passage du registre sacré au registre macabre est total.
La rupture par le grotesque (Le vers final) : Le distique se clôt sur une image déconcertante : « loin des claquettes… ». Le mot « claquettes » crée un anachronisme et un choc de registres saisissant. Il peut évoquer le bruit mondain, le divertissement superficiel, ou la trivialité d'une danse mécanique et bruyante qui s'oppose point par point à la « musique muette » de Vivien. Le poète moderne cherche le silence, non pas par mysticisme, mais pour fuir le ridicule de l'agitation humaine.
Decrauze signe ici une greffe d'un cynisme percutant. Tout en respectant la contrainte de la rime plate (« muette / claquettes »), il subvertit le romantisme noir de Renée Vivien. Là où la poétesse du XIXe siècle dressait un autel à la mort douce, Decrauze réagit en fossoyeur pressé, enterrant les illusions baroques de la fin du monde sous le tapis d'une modernité dérisoire.