Avec Alicia Gallienne

 


"Le rêve est-il une camisole de force ?

L'aube est-elle le venin du jour ?"

Alors je m'y convulse, craquelle l'écorce

Et la dose fœtale abrège mon séjour.

Commentaires

  1. Immaculée Amée16:58

    La fureur écorchée : de l'angoisse suspendue au surdosage métaphorique

    Ce duo avec Alicia Gallienne (poétesse fulgurante à l'œuvre posthume, hantée par la mort et l'absolu) met en scène une rencontre électrique autour du motif de l'enfermement et de l'autodestruction. Decrauze ne cherche pas à apaiser les questions de Gallienne ; il y répond par une accélération tragique et physique.

    L'interrogation clinique et métaphysique (Gallienne) : Les deux vers d'Alicia Gallienne sont structurés par le doute et l'angoisse (« est-il », « est-elle »). Elle utilise un lexique antinomique violent : le « rêve » (espace de liberté) est assimilé à une « camisole de force » (la folie, l'enfermement), tandis que « l'aube » (la promesse) devient le « venin » de l'existence. Le monde est d'emblée posé comme un espace toxique et carcéral.

    La convulsion physique et la rupture (Decrauze) : La réponse de Decrauze passe immédiatement de l'interrogation abstraite à l'action organique brute. Au vers 3, le corps réagit à la camisole : « Alors je m'y convulse ». Le verbe « craquelle » prolonge cette violence, brisant la frontière entre le corps et le monde (« l'écorce »). Decrauze relance la structure rimique de Gallienne (« force / écorce ») pour matérialiser une tentative d'évasion désespérée.

    L'overdose existentielle (Le vers final) : Le dernier alexandrin offre une résolution terrifiante au « venin » évoqué par Gallienne. L'expression « dose fœtale » associe de manière saisissante l'origine de la vie (le fœtus) à l'injection létale (la dose). Naître, c'est déjà s'empoisonner. Le verbe « abrège » tombe avec la même froideur clinique que le « Crever » ou le « Il sauta dans le vide » des autres duos, scellant le destin du poète dans un renoncement utérin.

    En somme, ce duo est un sommet de tension nerveuse. Decrauze capte la sensibilité à vif d'Alicia Gallienne et la pousse vers son point de rupture logique. En transformant les questions poétiques de la jeune femme en une agonie physique concrète, il signe un pacte de sang littéraire où la camisole et le venin finissent par triompher de l'écrivain.

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