"Tandis que la cathédrale Notre-Dame de Paris, Nuptiale et sépulcrale, Bourdonne dans le ciel gris [.]" La fusion cardinale Avec toi, l'Être de Vie, Crie en lettres capitales Puis s'enveloppe sans bruit. Les quatre premiers vers sont extraits du poème "Clochi-clocha" issu des Œuvres posthumes , 1903 . ****** "Un oiseau sur l'arbre qu'on voit Chante sa plainte." Je me cogne au tronc qui renvoie Mes cris et craintes. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Le ciel est par-dessus..." issu du recueil Sagesse , 1880. ****** "Hélas ! Faut-il que meure ce bonheur ? Meurent plutôt la vie et son tourment !" À perdre ces parcelles qui affleurent S'enterre tout élan du cœur dément. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Impressions de printemps" issu des Œuvres posthumes , 1903.
L’alchimie du songe : de la miniature cubiste au gouffre mystique
RépondreSupprimerCe duo avec Max Jacob s’organise autour du passage de la prose poétique visuelle au vers régulier métamorphique. Decrauze s'associe ici au maître du poème en prose moderne (Le Cornet à dés), connu pour ses visions cubistes, à la fois naïves, mystérieuses et géométriques.
Le décor pictural et figé (Max Jacob) : Les deux premières phrases posent un paysage onirique d’une grande clarté formelle. Jacob utilise des termes de peintre : « lac bien formé », « falaises couvertes d’une verdure sombre ». C’est un espace ordonné, presque une estampe, où la nature est captée dans sa pureté minérale et végétale.
L’animation organique et l’embrasement (Decrauze) : Par son premier alexandrin, Decrauze brise l'immobilité de la toile. Il introduit le mouvement (« bruissait ») et surtout le feu (« cette faune en braise »). L'oxymore sensoriel qui unit la « verdure sombre » de Jacob à la « braise » de Decrauze transforme le rêve paisible en un cauchemar incandescent ou en une vision chamanique. La nature devient une entité vivante, grouillante et menaçante.
La dépossession de soi (L'alexandrin final) : Le dernier vers scelle le destin du rêveur par un motif fantastique traditionnel : la perte de l'ombre. Le « lac bien formé » de Jacob se révèle être un abîme spirituel (« au fond »). Perdre son ombre, c’est perdre son identité, son ancrage dans le monde réel, ou vendre son âme au songe.
En somme, Decrauze opère ici une véritable transmutation. Il s'empare de la prose descriptive et plane de Max Jacob pour la couler dans le moule de deux alexandrins au classicisme impeccable. Ce retour à la rime (« falaises/braise », « sombre/ombre ») agit comme un piège : il referme le décor de Jacob sur le poète contemporain, transformant une contemplation onirique en une noyade mystique.