Avec Silvia Baron Supervielle

 


"le soleil remue les miroirs

et ma soif vient de si loin"

que l'écho des reflets s'égare

et s'abreuve des rayons du matin

Les deux premiers vers sont extraits
du poème [le soleil remue les miroirs]
extrait de Sur le fleuve, 2013

Commentaires

  1. Insaf Abonnec09:59

    Ce duo fonctionne magnifiquement bien. On part d'une image un peu mystérieuse et mélancolique chez Silvia Baron Supervielle — cette soif venue de loin —, et Decrauze vient y apporter une touche de lumière presque salvatrice.

    Cette idée de « s'abreuver des rayons du matin », plutôt que d'étancher sa soif avec de l'eau, apporte une douceur très apaisante. Les deux voix se fondent tellement naturellement l'une dans l'autre qu'on a l'impression d'un seul et même souffle, comme si le texte avait toujours été écrit ainsi. C'est le genre de duo poétique outre-temps très fluide que l'on relit deux ou trois fois juste pour garder cette impression de clarté en tête.

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  2. Alban Allaire10:03

    Je trouve que le texte d'origine perd beaucoup de sa force. Silvia Baron Supervielle posait deux vers d'une sobriété saisissante, très mystérieux, avec cette « soif qui vient de si loin ».

    En voulant compléter la phrase, Decrauze vient un peu trop expliquer l'image et tombe dans un registre un peu décoratif. L'idée de la soif qui « s'abreuve des rayons du matin » est jolie en soi, mais elle fait basculer le poème dans quelque chose de plus convenue, presque cliché. Ça rajoute des mots là où la puissance du distique initial résidait justement dans le silence et le non-dit.

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  3. Inèss ALBERT15:12

    L'appréciation objective de ce duo repose sur un équilibre fragile : le texte réussit une intégration syntaxique irréprochable, tout en prenant le risque d'atténuer la force elliptique du poème originel.

    Sur le plan des qualités formelles, la force de Decrauze réside dans la fluidité de l'enchaînement grammatical. En rattachant sa réplique à l'adverbe « si loin » par une subordonnée consécutive (« que... »), il efface la couture entre les deux voix. Le choix de privilégier des assonances discrètes (miroirs / s'égare, loin / matin) plutôt que des rimes riches respecte la sobriété de Silvia Baron Supervielle. De plus, la métaphore qui convertit la soif en une absorption de lumière (« s'abreuve des rayons ») crée une continuité synesthésique élégante avec le soleil et les miroirs du premier vers.

    La principale réserve stylistique tient à la nature même du texte source. La poésie de Baron Supervielle tire sa puissance du silence, du manque et du mystère d'une proposition restée en suspension. En venant compléter la phrase et résoudre cette absence, Decrauze sature l'espace elliptique du distique. De surcroît, l'image de la soif qui s'abreuve de la clarté matinale relève d'un lyrisme plus traditionnel : elle assagit la tension métaphysique initiale en faisant basculer une quête insaisissable vers une résolution apaisée et plus convenue.

    Ce duo s'impose ainsi comme une réussite formelle qui assagit le texte : l'assemblage est techniquement fluide et très musical, mais il résout un mystère que la poétesse avait précisément choisi de laisser ouvert.

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