Avec Charles Cros
Laissaient mes espoirs engourdis ;”
Mais quelques notes enhardies
Firent germer tous les mystères.
Les deux premiers vers sont extraits du poème "Heures sereines" issu du recueil Le Coffret de santal, 1873.
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Hiver en retard, tu me déconcertes.”
Que le printemps ivre enfin me concerte.
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“La neige descend, plumes assidues.
Hiver en retard, tu me déconcertes.”
Le pollen s’envole, flocons perdus.
Que le printemps ivre enfin me concerte.
Les deux premiers vers sont extraits du poème "Pluriel féminin" issu du recueil Le Collier de griffes, 1908.
La rédemption harmonique : de la léthargie au grand orchestre des saisons
RépondreSupprimerLe compagnonnage avec Charles Cros — poète de la précision scientifique, de la mélancolie tendre et des innovations rythmiques — met en scène deux facettes radicalement différentes du geste de Decrauze. Loin de la destruction habituelle de ses poèmes solitaires, le poète se laisse ici guider par la fluidité lumineuse de Cros pour composer une poésie de la régénération et de la réconciliation esthétique.
Le premier duo (Le réveil des formes) : Les deux octosyllabes de Cros posent une impasse intellectuelle et émotionnelle, où le langage abstrait (« mots morts », « nombres austères ») pétrifie la sensibilité. Decrauze répond par un coup de théâtre poétique et musical. L'utilisation du connecteur « Mais » renverse la fatalité, et l'introduction des « notes enhardies » agit comme un contre-poison face aux nombres froids. En poursuivant la structure en rimes embrassées d'une rigueur absolue (« austères / mystères » ; « engourdis / enhardies »), Decrauze fait de la musique le vecteur d'une renaissance spirituelle (« Firent germer tous les mystères »). La greffe est d'un optimisme rare chez l'auteur.
Le second duo (Le miroir des saisons) : Ce quatrain fonctionne sur le principe d'un chiasme métaphorique et saisonnier d'une grande virtuosité. Cros décrit un hiver tardif à travers une image textile classique (« la neige descend, plumes assidues »). Decrauze lui répond immédiatement par un effet de miroir inversé : au blanc hivernal de la neige succède le blanc printanier du « pollen », qualifié par métathèse de « flocons perdus ». L'homophonie rigoureuse des rimes croisées (« déconcertes / concerte » ; « assidues / perdus ») scelle le dialogue. Au dérèglement inquiet de Cros (« tu me déconcertes »), Decrauze oppose un vœu d'harmonie totale avec le vivant (« Que le printemps ivre enfin me concerte »).
En somme, ces deux duos montrent un Decrauze apaisé, presque magicien. Au lieu d'assommer ou de fracasser les vers de son aîné comme il a pu le faire avec Corbière ou Gallienne, il utilise la musicalité innée de Charles Cros pour relancer la machine du monde. Il transforme la rigueur géométrique de l'inventeur du XIXe siècle en une pure jubilation lyrique.