Avec Pierre de Ronsard


“J’aime la douce rage

D’amour continuel”

Tel l’horizon sauvage

Aux élans sensuels.


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« De la mort qui cruelle en ce tombeau l’enserre »

Rien ne subsiste que la sève de ses vers.

Commentaires

  1. Ibos Assita01:53

    La permanence du désir : de la ferveur pétrarquiste à la sève de l'immortalité
    Ce diptyque hybride (un quatrain d'heptasyllabes à rimes croisées suivi d'un distique d'alexandrins à rimes plates) noue un dialogue organique avec Pierre de Ronsard, le Prince des poètes et le chantre de la Pléiade. Decrauze s'amarre aux deux versants majeurs de l'imaginaire ronsardien — l'érotisme amoureux et le tombeau élégiaque — pour en exalter la vitalité souterraine.

    Le quatrain : L'expansion physique de l'oxymore
    La tension lexicale ronsardienne : Les deux heptasyllabes de Ronsard reposent sur le motif classique de l'oxymore amoureux (« douce rage »), hérité de Pétrarque. La structure syntaxique met en scène l'affirmation immédiate du sujet lyrique (« J'aime ») dont la tension affective est prolongée par l'adjectif temporel « continuel ».

    La projection cosmique et grammaticale de Decrauze : Decrauze s'empare de cette tension par le biais d'un outil grammatical de comparaison directe : le déterminant comparatif « Tel ». Cet outil lui permet de projeter le sentiment intime vers l'immensité spatiale. L'oxymore ronsardien s'élargit en un « horizon sauvage », où le sémantisme de la férocité amoureuse (« rage / sauvage ») contamine le paysage.

    La matérialisation lexicale : Le dernier vers se clôt sur un syntagme prépositionnel à valeur de complément de manière ou d'attribution (« Aux élans sensuels »). Le lexique de la sensualité vient réactualiser le sentiment courtois pour lui donner une assise purement physique et charnelle. Les rimes croisées féminines et masculines (« rage / sauvage » ; « continuel / sensuels ») unissent le XVIe et le XXIe siècle dans un même souffle rythmique.

    Le distique : La transmutation de la dépouille
    L'étau syntaxique (Ronsard) : Cet alexandrin célèbre extrait des pièces funèbres pour Marie de Clèves est caractérisé par une hyperbate et une personnification agressive (« la mort qui cruelle […] l'enserre »). L'enclise du pronom personnel complément (« l' ») et l'adjectif épithète détaché (« cruelle ») miment visuellement et syntaxiquement l'oppression du cercueil. La mort est un agent actif de claustration.

    La structure restrictive salvatrice (Decrauze) : Decrauze répond à cet enfermement par une structure grammaticale restrictive extrêmement puissante : la corrélation négative « Rien ne... subsiste que... ». Ce procédé syntaxique élimine d'emblée toute trace de décomposition anatomique ou de deuil stérile. Il vide le tombeau de sa matière macabre pour n'en retenir qu'un résidu actif.

    Le basculement lexical végétal : Le nom noyau du groupe nominal sujet (« la sève ») opère une métamorphose lexicale fulgurante. La mort sèche et stérile de Ronsard se transmute en un principe fluide, printanier et nourricier. Par le jeu de l'homophonie et de la rime interne/externe (« sève / vers »), la création poétique devient le seul véritable sang capable de survivre à la fosse.

    Finalement, Decrauze ne cherche pas à atténuer la cruauté de la mort chez Ronsard, mais il utilise l'outil grammatical de la restriction pour forcer une résurrection. Qu'il s'agisse d'étendre la « rage » d'aimer jusqu'à la ligne de l'horizon ou de traquer le suc vital au fond du sépulcre, il démontre que le classicisme formel est avant tout une science des forces vives.

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