La berceuse des retrouvailles : du deuil parnassien à la promesse du berceau
Ce dialogue avec Jean Moréas — figure majeure du symbolisme qui fonda ensuite l'École romane pour retrouver la clarté et la mesure de la tradition gréco-latine — s'articule autour d'un geste d'apaisement et de réparation poétique. Decrauze délaisse ici ses obsessions macabres pour s'inscrire dans le mouvement de résurrection lyrique initié par son aîné.
Le refus de la plainte funèbre (Moréas) : Les deux premiers vers (un alexandrin suivi d'un hexasyllabe) posent un sursaut volontaire. Moréas s'adresse directement à l'instrument poétique traditionnel (« Ô ma lyre ») pour briser le rituel du deuil et de la déploration (« cessons de nous couvrir de cendre / Comme auprès d’un cercueil ! »). C'est le moment précis où la poésie refuse de s'enclore dans la mort et cherche un nouveau souffle.
La relance harmonique (Decrauze) : Par le troisième vers, Decrauze répond immédiatement à l'invitation de Moréas. Il prolonge l'alexandrin en rétablissant la musique des vers (« Accordons-nous l’envolée de l’air le plus tendre »). L'utilisation du verbe « accorder » fait directement écho à la « lyre » : le poète contemporain se fait l'artisan de cette réconciliation sonore. Ce retour à la tendresse rompt magnifiquement avec la rudesse habituelle des duos.
Le symbole de la naissance (Le vers final) : L'hexasyllabe de clôture scelle le triomphe de la vie sur le « cercueil » initial par une antithèse parfaite : « Le couffin qu’on accueille… ». Le couffin, espace de la naissance et de l'enfance, vient remplacer la cendre. Les points de suspension finaux laissent le poème ouvert sur une note de suspension douce, comme le balancement régulier d'une berceuse.
Decrauze signe ici une prolongation d'une exquise fluidité, épousant rigoureusement l'hétérométrie et le jeu de rimes croisées de Moréas (« cendre / tendre » ; « cercueil / accueille »). En transformant le deuil symboliste en une célébration de la naissance, il montre que la poésie, lorsqu'elle accepte de réaccorder sa lyre, peut transformer le tombeau des ancêtres en un berceau pour l'avenir.
"Moi que la lente fièvre des marais démange, Qui voudrais m'enfoncer plus avant dans l'oubli," J'emprisonne les basses et fuis l'hymne à la lie, Alors que se signe la trace à l'aube orange. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Apparition d'Ullin" issu du recueil La Quête de joie , 1933.
"Tandis que la cathédrale Notre-Dame de Paris, Nuptiale et sépulcrale, Bourdonne dans le ciel gris [.]" La fusion cardinale Avec toi, l'Être de Vie, Crie en lettres capitales Puis s'enveloppe sans bruit. Les quatre premiers vers sont extraits du poème "Clochi-clocha" issu des Œuvres posthumes , 1903 . ****** "Un oiseau sur l'arbre qu'on voit Chante sa plainte." Je me cogne au tronc qui renvoie Mes cris et craintes. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Le ciel est par-dessus..." issu du recueil Sagesse , 1880. ****** "Hélas ! Faut-il que meure ce bonheur ? Meurent plutôt la vie et son tourment !" À perdre ces parcelles qui affleurent S'enterre tout élan du cœur dément. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Impressions de printemps" issu des Œuvres posthumes , 1903.
"Sa lampe se mourait. Il ouvrit la fenêtre. Le soleil se levait. Il regarda sa lettre." Les oiseaux s'égayaient. Il sauta dans le vide. Un coup de vent emporta son feuillet livide. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Le poète contumace" issu du recueil Les Amours jaunes , 1873.
La berceuse des retrouvailles : du deuil parnassien à la promesse du berceau
RépondreSupprimerCe dialogue avec Jean Moréas — figure majeure du symbolisme qui fonda ensuite l'École romane pour retrouver la clarté et la mesure de la tradition gréco-latine — s'articule autour d'un geste d'apaisement et de réparation poétique. Decrauze délaisse ici ses obsessions macabres pour s'inscrire dans le mouvement de résurrection lyrique initié par son aîné.
Le refus de la plainte funèbre (Moréas) : Les deux premiers vers (un alexandrin suivi d'un hexasyllabe) posent un sursaut volontaire. Moréas s'adresse directement à l'instrument poétique traditionnel (« Ô ma lyre ») pour briser le rituel du deuil et de la déploration (« cessons de nous couvrir de cendre / Comme auprès d’un cercueil ! »). C'est le moment précis où la poésie refuse de s'enclore dans la mort et cherche un nouveau souffle.
La relance harmonique (Decrauze) : Par le troisième vers, Decrauze répond immédiatement à l'invitation de Moréas. Il prolonge l'alexandrin en rétablissant la musique des vers (« Accordons-nous l’envolée de l’air le plus tendre »). L'utilisation du verbe « accorder » fait directement écho à la « lyre » : le poète contemporain se fait l'artisan de cette réconciliation sonore. Ce retour à la tendresse rompt magnifiquement avec la rudesse habituelle des duos.
Le symbole de la naissance (Le vers final) : L'hexasyllabe de clôture scelle le triomphe de la vie sur le « cercueil » initial par une antithèse parfaite : « Le couffin qu’on accueille… ». Le couffin, espace de la naissance et de l'enfance, vient remplacer la cendre. Les points de suspension finaux laissent le poème ouvert sur une note de suspension douce, comme le balancement régulier d'une berceuse.
Decrauze signe ici une prolongation d'une exquise fluidité, épousant rigoureusement l'hétérométrie et le jeu de rimes croisées de Moréas (« cendre / tendre » ; « cercueil / accueille »). En transformant le deuil symboliste en une célébration de la naissance, il montre que la poésie, lorsqu'elle accepte de réaccorder sa lyre, peut transformer le tombeau des ancêtres en un berceau pour l'avenir.