L’engloutissement domestique : de la ruine urbaine à la tombe meublée
Ce dialogue avec Alphonse Beauregard — poète québécois du début du XXe siècle, dont l'œuvre (Les Forces) est marquée par un lyrisme inquiet et des visions de rupture — met en scène une métamorphose fantastique de l'espace familier, où le décor intime se retourne contre son occupant.
Le séisme architectural (Beauregard) : Les deux premiers vers (un alexandrin suivi d'un hexasyllabe) posent une distorsion expressionniste de la réalité. La maison perd sa fonction protectrice : les structures s'effondrent (« les murs fléchissent ») et l'architecture s'humanise de façon macabre (« les fenêtres / Semblent des orbites de morts »). Le regard de Beauregard projette la mort sur l'inerte.
La trappe du quotidien (Decrauze) : La réponse de Decrauze (qui prolonge l'hétérométrie avec un alexandrin et un octosyllabe) resserre le cadrage. De la structure globale de la pièce, on passe à l'objet le plus intime : « Le fauteuil ». Mais au lieu d'offrir le repos, le meuble devient un gouffre actif (« se creuse pour faire disparaître »). L'enlisement n'est plus une métaphore spirituelle comme chez La Tour du Pin, c'est une absorption physique par la matière.
La disparition de la dépouille (Le vers final) : L'octosyllabe de clôture scelle l'effacement. L'expression « courbes livides du corps » réactive un adjectif fétiche de Decrauze (déjà croisé dans le duo avec Corbière, « feuillet livide »). Ici, la lividité a enfin gagné la chair. Le corps n'est pas seulement mort, il est escamoté, digéré par le mobilier.
Ce duo est un modèle de fantastique clinique. En épousant la structure de rimes croisées et le jeu sur les longueurs de vers de son aîné (« fenêtres / disparaître » ; « morts / corps »), Decrauze achève le travail de démolition commencé par Beauregard. Les murs fléchissaient pour annoncer le trépas ; le fauteuil s'ouvre pour en cacher les restes, transformant le salon en un caveau mécanique et feutré.
"Moi que la lente fièvre des marais démange, Qui voudrais m'enfoncer plus avant dans l'oubli," J'emprisonne les basses et fuis l'hymne à la lie, Alors que se signe la trace à l'aube orange. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Apparition d'Ullin" issu du recueil La Quête de joie , 1933.
"Ha ! Fortune trés doloureuse, Que tu m'as mis du hault au bas !” Daigne, dans ces contrées pierreuses, Enterrer ce que tu abas ! Les deux premiers vers sont extraits du VII d u recueil Cent Balades, composé et assemblé entre 1399 et 1402 .
"Tandis que la cathédrale Notre-Dame de Paris, Nuptiale et sépulcrale, Bourdonne dans le ciel gris [.]" La fusion cardinale Avec toi, l'Être de Vie, Crie en lettres capitales Puis s'enveloppe sans bruit. Les quatre premiers vers sont extraits du poème "Clochi-clocha" issu des Œuvres posthumes , 1903 . ****** "Un oiseau sur l'arbre qu'on voit Chante sa plainte." Je me cogne au tronc qui renvoie Mes cris et craintes. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Le ciel est par-dessus..." issu du recueil Sagesse , 1880. ****** "Hélas ! Faut-il que meure ce bonheur ? Meurent plutôt la vie et son tourment !" À perdre ces parcelles qui affleurent S'enterre tout élan du cœur dément. Les deux premiers vers sont extraits du poème "Impressions de printemps" issu des Œuvres posthumes , 1903.
L’engloutissement domestique : de la ruine urbaine à la tombe meublée
RépondreSupprimerCe dialogue avec Alphonse Beauregard — poète québécois du début du XXe siècle, dont l'œuvre (Les Forces) est marquée par un lyrisme inquiet et des visions de rupture — met en scène une métamorphose fantastique de l'espace familier, où le décor intime se retourne contre son occupant.
Le séisme architectural (Beauregard) : Les deux premiers vers (un alexandrin suivi d'un hexasyllabe) posent une distorsion expressionniste de la réalité. La maison perd sa fonction protectrice : les structures s'effondrent (« les murs fléchissent ») et l'architecture s'humanise de façon macabre (« les fenêtres / Semblent des orbites de morts »). Le regard de Beauregard projette la mort sur l'inerte.
La trappe du quotidien (Decrauze) : La réponse de Decrauze (qui prolonge l'hétérométrie avec un alexandrin et un octosyllabe) resserre le cadrage. De la structure globale de la pièce, on passe à l'objet le plus intime : « Le fauteuil ». Mais au lieu d'offrir le repos, le meuble devient un gouffre actif (« se creuse pour faire disparaître »). L'enlisement n'est plus une métaphore spirituelle comme chez La Tour du Pin, c'est une absorption physique par la matière.
La disparition de la dépouille (Le vers final) : L'octosyllabe de clôture scelle l'effacement. L'expression « courbes livides du corps » réactive un adjectif fétiche de Decrauze (déjà croisé dans le duo avec Corbière, « feuillet livide »). Ici, la lividité a enfin gagné la chair. Le corps n'est pas seulement mort, il est escamoté, digéré par le mobilier.
Ce duo est un modèle de fantastique clinique. En épousant la structure de rimes croisées et le jeu sur les longueurs de vers de son aîné (« fenêtres / disparaître » ; « morts / corps »), Decrauze achève le travail de démolition commencé par Beauregard. Les murs fléchissaient pour annoncer le trépas ; le fauteuil s'ouvre pour en cacher les restes, transformant le salon en un caveau mécanique et feutré.