En s'inscrivant dans le sillage de Michel Leiris et de la poétique de l'épreuve propre à "Haut Mal", Loïc Decrauze prolonge l'expérience d'une combustion à la fois physique et spirituelle. Chez Leiris, le soleil n'est pas une source de clarté bienveillante, mais une meule écrasante dont la chaleur est réhaussée par la souffrance organique (« le tourment perpétuel qui enfle mes poumons »). Decrauze intériorise cette violence solaire : la chaleur subie de l'extérieur se transforme en un geste d'auto-exploration douloureux. L'expression « fouiller au tison le cœur de mes démons » dote le poète d'un outil d'exorcisme incandescent. Le tison, fer porté au rouge, devient l'instrument d'une chirurgie morale où le sujet va lui-même raviver et fouiller ses propres plaies pour en extirper la noirceur.
Decrauze saisit parfaitement la singularité de la prosodie leirissienne, caractérisée par l'absence de ponctuation et le recours à des majuscules internes formant des jalons de respiration ou de rupture. De même que Leiris insérait un « Et » majuscule au cœur du premier vers (« Et je brûle Et je vais... ») pour marquer un sursaut du souffle et une double impulsion sans l'aide de la virgule, Decrauze applique cette même économie typographique au quatrième vers. La transition entre la description de l'acte et l'élan de la prière (« je prie l'astre Épargnez-moi encore la fosse ») s'opère sans deux-points ni guillemets. L'attaque de l'impératif par la majuscule « É » s'incruste directement dans la chair du vers, supprimant toute médiation entre le sujet et l'astre suprême. La supplication jaillit dans l'instant même où elle est pensée, fusions du récit et du cri.
L'axe vertical et l'étau des rimes (hausse / fosse, poumons / démons) L'architecture en rimes embrassées (ABBA) structure le quatrain autour d'une tension dramatique et spatiale absolue : La polarité verticale (hausse / fosse) : La rime féminine externe verrouille le poème entre le Zénith et l'Abîme. Au mouvement d'élévation du soleil et du tourment (« que hausse ») répond la menace d'engloutissement définitif (« la fosse »). L'astre, sollicité sans intermédiaire, devient le juge capable d'accorder un répit ou d'ordonner la chute. L'incarnation viscérale (poumons / démons) : La rime masculine interne noue l'organe de la respiration (« poumons ») à l'obsession métaphysique (« démons »). L'air insufflé par le tourment ne nourrit pas la vie, il alimente le foyer interne des démons que le tison vient sonder.
En épousant l'absence de ponctuation et la tension nerveuse de Leiris, Decrauze transforme ce duo en une scène d'affrontement théurgique où l'homme, calciné de l'intérieur, marchande sa survie au pied d'un soleil implacable.
"Moi que la lente fièvre des marais démange, Qui voudrais m'enfoncer plus avant dans l'oubli," J'emprisonne les basses et fuis l'hymne à la lie, Alors que se signe la trace à l'aube orange.
"Sa lampe se mourait. Il ouvrit la fenêtre. Le soleil se levait. Il regarda sa lettre." Les oiseaux s'égayaient. Il sauta dans le vide. Un coup de vent emporta son feuillet livide.
"Mon âme est un rayon de lumière et d'amour Qui, du foyer divin détaché pour un jour," Irradie au firmament les ombres blafardes De charognes équarries et truffées d'échardes. ****** "Tandis que la cathédrale Notre-Dame de Paris, Nuptiale et sépulcrale, Bourdonne dans le ciel gris" La fusion cardinale Avec toi, l'Être de Vie, Crie en lettres capitales Puis s'enveloppe sans bruit. ****** “Nous avancions tranquillement sous les étoiles” Constellant notre sentier de baisers sans voile. ****** "Un oiseau sur l'arbre qu'on voit Chante sa plainte" Je me cogne au tronc qui renvoie Mes cris et craintes. ****** "Hélas ! Faut-il que meure ce bonheur ? Meurent plutôt la vie et son tourment !" À perdre ces parcelles qui affleurent S'enterre tout élan du cœur dément.
En s'inscrivant dans le sillage de Michel Leiris et de la poétique de l'épreuve propre à "Haut Mal", Loïc Decrauze prolonge l'expérience d'une combustion à la fois physique et spirituelle. Chez Leiris, le soleil n'est pas une source de clarté bienveillante, mais une meule écrasante dont la chaleur est réhaussée par la souffrance organique (« le tourment perpétuel qui enfle mes poumons »). Decrauze intériorise cette violence solaire : la chaleur subie de l'extérieur se transforme en un geste d'auto-exploration douloureux. L'expression « fouiller au tison le cœur de mes démons » dote le poète d'un outil d'exorcisme incandescent. Le tison, fer porté au rouge, devient l'instrument d'une chirurgie morale où le sujet va lui-même raviver et fouiller ses propres plaies pour en extirper la noirceur.
RépondreSupprimerDecrauze saisit parfaitement la singularité de la prosodie leirissienne, caractérisée par l'absence de ponctuation et le recours à des majuscules internes formant des jalons de respiration ou de rupture. De même que Leiris insérait un « Et » majuscule au cœur du premier vers (« Et je brûle Et je vais... ») pour marquer un sursaut du souffle et une double impulsion sans l'aide de la virgule, Decrauze applique cette même économie typographique au quatrième vers. La transition entre la description de l'acte et l'élan de la prière (« je prie l'astre Épargnez-moi encore la fosse ») s'opère sans deux-points ni guillemets. L'attaque de l'impératif par la majuscule « É » s'incruste directement dans la chair du vers, supprimant toute médiation entre le sujet et l'astre suprême. La supplication jaillit dans l'instant même où elle est pensée, fusions du récit et du cri.
L'axe vertical et l'étau des rimes (hausse / fosse, poumons / démons)
L'architecture en rimes embrassées (ABBA) structure le quatrain autour d'une tension dramatique et spatiale absolue :
La polarité verticale (hausse / fosse) : La rime féminine externe verrouille le poème entre le Zénith et l'Abîme. Au mouvement d'élévation du soleil et du tourment (« que hausse ») répond la menace d'engloutissement définitif (« la fosse »). L'astre, sollicité sans intermédiaire, devient le juge capable d'accorder un répit ou d'ordonner la chute.
L'incarnation viscérale (poumons / démons) : La rime masculine interne noue l'organe de la respiration (« poumons ») à l'obsession métaphysique (« démons »). L'air insufflé par le tourment ne nourrit pas la vie, il alimente le foyer interne des démons que le tison vient sonder.
En épousant l'absence de ponctuation et la tension nerveuse de Leiris, Decrauze transforme ce duo en une scène d'affrontement théurgique où l'homme, calciné de l'intérieur, marchande sa survie au pied d'un soleil implacable.