En répondant à la séquence 10/12 de François Cheng par une métrique miroir en 12/10, Decrauze dessine une structure en chiasme rythmique (10 - 12 - 12 - 10). L'alexandrin du troisième vers (« Laissant cette vivante profusion pâtir ») déploie toute l'ampleur syllabique nécessaire pour accueillir la « profusion du vivant », mime prosodique d'une nature foisonnante et dynamique. Mais cette expansion est immédiatement tranchée au quatrième vers par le retour abrupte au décasyllable (« Des carnages les plus élaborés... »). Le retranchement de deux pieds fonctionne comme un coup de couperet, une amputation métrique qui matérialise l'action de la destruction humaine. Les points de suspension viennent alors prolonger ce vide soudain, laissant l'écho de la ruine se perdre dans la béance du texte.
Au cœur du quatrain, la rime centrale (« se retire » / « pâtir ») scelle ce que l'on pourrait qualifier d'embrassement mortifère. Loin d'être un simple artifice poétique, l'union rimique de la fin du deuxième vers et du début du troisième établit une relation de causalité directe et tragique. Le retrait silencieux de l'aurore, la stase d'un monde abandonné à lui-même (« se retire »), livre immédiatement la chair du monde à la douleur (« pâtir »). Ce baiser de la destruction réunit l'effacement de la grâce et le déclenchement du martyre animal et végétal dans une même ligature indissoluble.
Aux deux extrémités de cette architecture en rimes embrassées, le premier vers de Cheng (« effleuré ») et le dernier vers de Decrauze (« élaborés ») posent deux modèles éthiques et écologiques radicalement divergents face au « trésor terrestre ». D'un côté, le verbe effleurer incarne l'approche contemplative, la délicatesse d'un regard qui préserve la matière du monde sans la violenter. De l'autre, l'adjectif élaborés dénonce l'hybris de la raison technique, une sophistication intellectuelle perverse mise au service de l'anéantissement méthodique. En fermant le quatrain sur cet affrontement entre le soin délicat et la barbarie planifiée, le duo met en scène la tragédie majeure de l'époque : celle où l'intelligence humaine choisit d'élaborer le massacre plutôt que de maintenir intact le trésor reçu.
"Moi que la lente fièvre des marais démange, Qui voudrais m'enfoncer plus avant dans l'oubli," J'emprisonne les basses et fuis l'hymne à la lie, Alors que se signe la trace à l'aube orange.
"Sa lampe se mourait. Il ouvrit la fenêtre. Le soleil se levait. Il regarda sa lettre." Les oiseaux s'égayaient. Il sauta dans le vide. Un coup de vent emporta son feuillet livide.
"Mon âme est un rayon de lumière et d'amour Qui, du foyer divin détaché pour un jour," Irradie au firmament les ombres blafardes De charognes équarries et truffées d'échardes. ****** "Tandis que la cathédrale Notre-Dame de Paris, Nuptiale et sépulcrale, Bourdonne dans le ciel gris" La fusion cardinale Avec toi, l'Être de Vie, Crie en lettres capitales Puis s'enveloppe sans bruit. ****** “Nous avancions tranquillement sous les étoiles” Constellant notre sentier de baisers sans voile. ****** "Un oiseau sur l'arbre qu'on voit Chante sa plainte" Je me cogne au tronc qui renvoie Mes cris et craintes. ****** "Hélas ! Faut-il que meure ce bonheur ? Meurent plutôt la vie et son tourment !" À perdre ces parcelles qui affleurent S'enterre tout élan du cœur dément.
En répondant à la séquence 10/12 de François Cheng par une métrique miroir en 12/10, Decrauze dessine une structure en chiasme rythmique (10 - 12 - 12 - 10). L'alexandrin du troisième vers (« Laissant cette vivante profusion pâtir ») déploie toute l'ampleur syllabique nécessaire pour accueillir la « profusion du vivant », mime prosodique d'une nature foisonnante et dynamique. Mais cette expansion est immédiatement tranchée au quatrième vers par le retour abrupte au décasyllable (« Des carnages les plus élaborés... »). Le retranchement de deux pieds fonctionne comme un coup de couperet, une amputation métrique qui matérialise l'action de la destruction humaine. Les points de suspension viennent alors prolonger ce vide soudain, laissant l'écho de la ruine se perdre dans la béance du texte.
RépondreSupprimerAu cœur du quatrain, la rime centrale (« se retire » / « pâtir ») scelle ce que l'on pourrait qualifier d'embrassement mortifère. Loin d'être un simple artifice poétique, l'union rimique de la fin du deuxième vers et du début du troisième établit une relation de causalité directe et tragique. Le retrait silencieux de l'aurore, la stase d'un monde abandonné à lui-même (« se retire »), livre immédiatement la chair du monde à la douleur (« pâtir »). Ce baiser de la destruction réunit l'effacement de la grâce et le déclenchement du martyre animal et végétal dans une même ligature indissoluble.
Aux deux extrémités de cette architecture en rimes embrassées, le premier vers de Cheng (« effleuré ») et le dernier vers de Decrauze (« élaborés ») posent deux modèles éthiques et écologiques radicalement divergents face au « trésor terrestre ». D'un côté, le verbe effleurer incarne l'approche contemplative, la délicatesse d'un regard qui préserve la matière du monde sans la violenter. De l'autre, l'adjectif élaborés dénonce l'hybris de la raison technique, une sophistication intellectuelle perverse mise au service de l'anéantissement méthodique. En fermant le quatrain sur cet affrontement entre le soin délicat et la barbarie planifiée, le duo met en scène la tragédie majeure de l'époque : celle où l'intelligence humaine choisit d'élaborer le massacre plutôt que de maintenir intact le trésor reçu.